Deuxième Prix Adultes 2014 : Blanche, de Djamila LAKEL

Publié le par bourgeonsdeplumes

BLANCHE

 

De Djamila LAKEL,

 

Texte classé 2ème catégorie Adultes 2014

 

 


Je ne suis que pâleur, malade à mourir. Complètement vide, froide, nue. Qui suis-je? Il me manque l'essentiel pour exister. J'ai soif, soif à vomir. J'en tremble. Le manque me ronge les os. Je suis comme un son muet, une fontaine vide. J'attends. J'attends mon sang, le cœur qui me fera battre, me fera vibrer. J'attends mes yeux, mes oreilles, mes jambes, mes bras. J'attends ce qui me permettra de courir, de toucher, de voir, d'entendre, de comprendre, de parler, de crier, de passer par toutes les nuances des sentiments, des sensations. J'attends ma couleur, mon souffle.

Tu arrives, enfin. Je bois tes paroles, tes mots, chaque lettre. Tu étanches ma soif. Tes phrases arrivent petit à petit, puis, comme une rumeur, elles enflent, prennent de l'ampleur jusqu'à atteindre le summum de leur puissance. Je revis. Au fil des mots, je me remplis, je me construis, je me vois, me connais, me reconnais. Je respire. Tu m'apportes tout. Même la souffrance. Tu me dis que la souffrance et le bien-être sont les faces d'une même pièce. Tu procèdes par étapes et, à chaque chapitre de ce livre qui s'écrit, tu apportes des lumières par touches, avec délicatesse. Tu m'imprègnes de tes convictions, de tes doutes, de tes impressions. D'ailleurs, tu m'impressionnes.

Je t'ai dans la peau. Chaque mot, je le reçois comme une claque qui me réveille, me sort du coma. Ma vie est intrinsèquement liée à la tienne. Je me lis à travers toi, à toi, je me délivre. J'aime sentir ton odeur qui devient la mienne. J'aime te voir glisser comme un fantôme, sans faire de bruit, j'aime quand tu parles de toi, de ce que tu ressens. Cela me touche. Tes mots sont des caresses qui me réchauffent comme un soleil dans la froideur de l'hiver. Tu avances en moi comme la nuit qui dessine un pan de lune dans le ciel. Tu coules en moi comme le sang dans les veines et, comme la montée de la sève au printemps, tu m'es vitale. Je suis ta face cachée, tu es mon cœur sombre, je suis le silence, tu es mon bruit, je suis la mort, tu es ma vie. Tu es ma voix. Tu viens à moi comme tu emprunterai un chemin désert sur lequel tu laisses des traces de pas. Tu me recouvres, je me découvres. On fait un bout de chemin ensemble, on est lié pour toujours. Tu ira fleurir d'autres tombes qui reviendront à la vie mais je te garderai à jamais, jusqu'à ma disparition complète.

Entre nous, c'est une liaison indélébile. Tu es noir comme l'ébène, je te porte comme un tatouage vivant. Car les mots vivent. Même le mot «FIN». Celui que tu as écris ce soir. Le dernier. Le premier, c'est mon nom : BLANCHE. Plus exactement : PAGE BLANCHE.

FIN

 

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