Deuxième Prix Jeunes 2014 : Les yeux vers le ciel, de Julie CEDO

Publié le par bourgeonsdeplumes

 

LES YEUX VERS LE CIEL

 

De Julie CEDO

 

Texte classé 2ème catégorie JEUNES 2014

 

 

 

Il dormait encore. Depuis combien de temps ? Personne ne pouvait le dire vraiment. Tout ce que savaient les Dames Etoiles et les Mères Planètes, c’est que notre Père Soleil se reposait depuis un moment déjà. Gigantesque boule de feu. Immense sphère de chaleur et de lumière.

Tournoyant dans ce rien, dans ce vide, dans ce néant que représentait la galaxie à l’époque, le Père Soleil gardait les yeux clos. Pourtant, même assoupi, éloigné de cette réalité dans laquelle il vivait, l’astre incandescent s’imposait dans l’espace comme le plus puissant de tous les rois. Il incarnait le feu. Il incarnait la lumière. Et il permettait à certaines des planètes de sa galaxie, son royaume, d’en profiter. Car le Père Soleil savait parfois se montrer généreux, avec ses plus dévoués serviteurs.

C’est cela, un roi aimé... Un roi herculéen qui sait accorder un privilège de temps à autre...

Le jeune garçon stoppa sa lecture. Devant lui, une foule d’élèves qui éclataient de rire. A sa gauche, le bureau d’un professeur. Un professeur, qui, pour le moment, avait le rouge aux joues. Prenant une grande inspiration, ce dernier, cria. Et alors, par on ne sait quel miracle, le silence ce fit dans cette petite classe de sixième.

-  Paul, pouvez-vous me dire qu’elle est ce tissu d’âneries ? , essaya de souffler calmement le professeur d’Histoire-Géo, en vain. De toute ma carrière, oui, de toute ma carrière, je n’ai jamais, je dis bien jamais, rien vu de semblable. Je veux des explications. De suite !

- Mais monsieur... Il s’agit là de l’exposé sur Louis XIV, le Roi Soleil, que vous aviez demandé... Rien de plus.

Le dénommé Paul s’était figé de terreur. Tout venait de s’enchaîner si vite ... Les rires. Les cris. Finalement, le garçon, ne savait plus où donner de la tête. Encore une fois, il demeurait perdu. Perdu, alors que visiblement, tout le monde affichait cet air supérieur au visage. Encore une fois, tous avait saisi. Tous, sauf lui.

Ses mains se mirent à trembler. Et un frisson de peur l’envahi. Il sentait les larmes venir. Oui, il les sentait. Or, il ne devait dans aucun cas pleurer. Pas ici. Pas devant des filles et des garçons, qui, à la première occasion, se moquaient hostilement de lui. Pourtant, Paul ne pouvait rien faire. Si selon son histoire, le Père Soleil demeurait puissant, lui, restait tout bonnement impuissant

face à la réalité. Les larmes, ses larmes, roulaient sur ses joues, dégoulinaient de son nez. Il pleurait.

- Ne recommencez pas. Vous avez bien conscience que votre« exposé », si s’en est un, est complétement hors sujet. Vous le voyez où, vous, Louis XIV ?

 - Mais monsieur. Il s’agit ici d’une métaphore. D’une simple métaphore filée. Je comparais le roi au soleil et sa cour aux planètes. Où voyez-vous le mal ? J’ai simplement tenté d’installer un peu de poésie et de conte, dans votre morne cours d’histoire...

Paul vit de suite qu’une fois de plus, son professeur ne comprenait rien à rien. Un hurlement terrible retenti et une craie vola en sa direction. Vif, Paul tourna les talons, les yeux embués de larmes, et couru vers la porte, évitant ainsi le projectile.

Une ombre se glissa au dehors, dans la cour de récréation encore déserte. Le silence se faisait pesant, étrangement lourd. Pour un peu, on aurait pu l’entendre.

Aujourd’hui, tout restait immobile. Même les feuilles des arbres ne se balançaient pas au gré du vent. Et pour cause... le vent, ne soufflait pas. Lui aussi s’était soudain tu, comme s’il devinait l’importance du moment qui se préparait.

Muet était le vent. Immobiles étaient les feuilles. Silencieuse était la cour.

S’avançant furtivement en direction du portail, Paul s’inventa une nouvelle histoire. Cette fois-ci, il s’agissait de nuages. De nuages, et puis, de lui aussi, Paul. L’histoire d’un petit poète, bercé par la nature et par ce ciel si protecteur qu’il chérissait tant, qui faisait l’école buissonnière pour la toute première fois.

Il leva les yeux vers le ciel. Un instant, il contempla l’infinie mer blanche qui flottait au-dessus de lui. Cette mer cotonneuse et douce. Une mer de nuages. Une mer qui, tout au long de sa courte vie, lui avait redonné courage dans les moments difficiles. Ce perdant dans cet amas de vagues trop blanches, il se décida enfin.

Paul bondit et enjamba la petite grille du collège. Se rattrapant à l’aide de ses mains, il piqua un sprint en direction des hautes herbes, sans se retourner. Libre. Voici le premier mot qui germa dans son esprit. Libre. Paul était libre.

Il fit glisser ce mot sur sa langue. Savourait chacune de ses significations. Oui, libre. Paul était libre et un rêvé éveillé s’offrait enfin à lui.

Marchant dans la campagne depuis quelques heures déjà, et un peu lassé de sa trop grande liberté, il faut bien l’avouer, Paul fit halte près d’un étang. Assis en tailleur sur un rocher recouvert de mousse, le garçon sortit de la poche de sa chemise une feuille froissée, et commença à lire. La nature semblait vouloir l’écouter, alors elle ferma ses yeux invisibles et attendit.

Le Père Soleil rêvait de musique. Il se laissait donc littéralement emporter vers le pays onirique, bercé par les notes vives de Mozart et celles mélodieuses de Beethoven.

Hypnotisait par ces sons si beaux et si différents à la fois, il se dit alors que rêvait n’était pas si mal. A son réveil, le souverain récompenserait dix rêveurs. Pas un de plus. Pas un de moins. Dix. Dix, pour montrer l’exemple.

Car savoir rêver tout en restant éveillé, est un talent indéniable. Le Père Soleil en avait conscience. Lui-même, astre puissant et monarque d’une grande galaxie, n’en n’était pas capable.

Littéralement enivré par cet univers musical, le Père Soleil écrivit quelques vers. On ne lui connaissait pas des talents de poètes, mais après tout, pourquoi pas ?

Poète déphasé de la réalité, Je voudrais simplement rêver, Rêver sans être dérangé, Rêver sans être dénigré.

L’écriture est le seul moyen, Oui le seul, A retranscrire le rêve, Dans une réalité éveillée.

Ce jour-là, le Père Soleil souhaita de tout cœur se réveiller. Mais cette fois-si, son corps ne l’écouta pas. Il resta donc prisonnier de son monde, cet univers que son esprit avait créé. Prisonnier de sa musique et prisonnier de son songe.

A trop rêver, on finit par emprunter le mauvais chemin. Et ce-dit chemin, ne fait que nous enfoncer un peu plus, dans l’irréalité.

A trop mélanger le réel et l’irréel, on finit par se perdre soi-même. Et quand l’on se perd soi-même, on devient fou. Et quand l’on devient fou, on sombre soit d’un côté, soit de l’autre.

Du côté de la réalité. Ou du côté de l’irréalité. De l’irréalité...

A la fin de sa lecture, Paul leva les yeux vers le ciel et, lentement, se fit glisser dans l’eau, personne ne comprit jamais cette décision. Etreint par un souffle glacé, ses pupilles ne lâchèrent plus les nuages du regard.

Les nuages... Le ciel... Les dernières images qu’il verrait. Les dernières images, d’un rêve éveillé.

Bientôt, tous les villages alentours, entendirent parler d’une rumeur. Une rumeur étrange, comme quoi un jeune garçon, aurait été retrouvé mort noyé dans un étang. Personne n’en connaissait la raison. Chacun savait simplement, que ce garçon, qui aimait écrire, avait beaucoup de projets et beaucoup de songes.

Plus tard, naîtrait la légende du petit poète qui voulait atteindre le rêve éternel, les yeux inlassablement plongés vers le ciel.

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